J’ai fait la connaissance de Camille au cours de son cursus étudiant. J’étais en effet son tuteur de mémoire lors de sa dernière année de master. Même si elle le sait déjà, j’ai vraiment apprécié travailler avec elle. Tout d’abord pour son professionnalisme. Mais aussi pour ses valeurs et sa personnalité, puisque nous nous rejoignons beaucoup sur celles-ci. C’est pourquoi, je lui ai proposé de réaliser son Portrait d’Édonistes.

Camille, soulignons déjà la particularité liée à tes études. Tu viens en effet d’être diplômée d’un master en marketing et communication, alors que tu es maman, que tu vis loin de Lyon, et que ta formation d’origine est dans la couture. C’est un choix plutôt audacieux et original. Peux-tu nous en dire plus ? Notamment sur tes motivations.

Il se pourrait que je m’ennuie assez vite et que je sois d’un naturel curieux… En effet, après une Licence en communication passée au sud de Nantes, mon mari et moi avons débarqué dans la région lyonnaise. J’ai alors travaillé dans la vente puis en maison de retraite. J’ai cherché ma voie quelques années en passant des concours dans le secteur paramédical. En parallèle, je n’ai jamais cessé de coudre. Je vendais mes créations à mes collègues ou par connaissance. Et puis un jour, une amie qui faisait des bijoux m’a demandé de l’aide pour sa communication. Et là, la machine était relancée ! Je me suis souvenue à quel point j’adorais ça. J’ai donc décidé de reprendre un Master en communication, pour me « remettre en jambe » et m’offrir une nouvelle page blanche. Mes choix découlent donc de mes différentes expériences. Le tronc commun c’est le fait que j’ai toujours beaucoup d’énergie pour suivre mes envies, et aussi que mon mari me soutien dans tous mes projets fous…

Camille Lacoste de Maison Cala dans son atelier

Aujourd’hui, tu te lances dans un projet entrepreneurial tout aussi audacieux : la conception et la restauration de vêtements vintage avec ta marque Maison Cala. Audacieux compte tenu de l’état du marché vestimentaire, du coût des matières premières, de la concurrence internationale et des grands groupes. Pourquoi faire ce pari ?

Je fais ce pari très audacieux, mais de façon mesurée. Cela faisait des années que j’en avais envie, et ma situation personnelle réunie toutes les conditions nécessaires à mon lancement. Ça, c’est pour l’aspect « pratique ».

Ensuite, sur le fond, je sens aussi que c’est le bon moment : les consommateurs se posent de plus en plus de questions sur leurs achats, la provenance, l’éthique des marques et leur impact environnemental et sociétal. Il suffit d’allumer les chaines d’informations, d’écouter des podcasts, de lire toutes sortes de journaux et magazines ou d’entendre les discours des patrons de grands groupes. Tous tendent à répondre aux nouvelles attentes des consommateurs : consommer un peu moins mais mieux. L’idée se démocratise. Il n’aurait pas été bon d’être l’outsider. C’est trop difficile.

Voilà des années que je pense à ce projet, et je sens qu’aujourd’hui, il sera compris. J’ai d’ailleurs commencé à créer des partenariats avec des influenceuses Instagram qui partagent leurs bons plans pour consommer de façon plus responsable, plus locale. Elles sont venues vers moi spontanément (sur mon compte @maisoncala), et elles ont une audience super impliquée qui favorise les « petits » artisans/commerçants français plutôt que les Grands Groupes. Elles apprécient les relations de proximité, le « contact ». Cela créer de vrais échanges enrichissants, au-delà de la simple proposition vestimentaire.

Création de Maison Cala par Camille Lacoste

Est-ce que tu as toujours su que tu créerais un jour ta propre opportunité d’entreprise ?

Non, pas du tout. Beaucoup de choses me faisaient peur il y a encore peu de temps : être seule à la maison, ne plus avoir de collègues, ne plus avoir de rythme classique avec des horaires à respecter. J’avais peur de me sentir mise à l’écart. Je vais avoir 30 ans dans quelques jours, je suis donc mariée, j’ai un fils de 5 ans et demi. Je pense que ce cadre a balayé mes peurs. J’ai mûri et je me sens plus forte, plus autonome, tout en étant bien accompagnée. Je dois aussi avouer que mes frayeurs d’exclusion se sont effacées en constatant que d’autres jeunes femmes de mon âge avaient fait ce choix et n’en étaient que plus épanouies dans leur équilibre vie pro/vie perso. Et c’est un point super important pour moi.

Qu’est-ce qui te motive à créer et développer Maison Cala ?

Comme je le disais, j’ai pris confiance en voyant d’autres jeunes femmes monter leurs propres projets et s’épanouir. De l’aquarelle (@leaubleue), des bijoux en bois (@salomecharlycousseau), des antiquités (@miss_pagaille) une boutique d’accessoires dans le vieux Annecy (@mata.a.ri), un garage automobile spécialisé dans les Vans (@intec_motors) etc.

Et puis c’était devenu une obsession : je pensais sans cesse à ce que je pouvais mettre en place pour concrétiser mon projet. Quand on en vient à en rêver la nuit, je pense qu’il faut foncer. Je ne voulais pas regretter d’avoir eu peur de tenter. C’est un peu comme pour mes tatouages : quand j’aurais 80 ans, je veux pouvoir jeter un œil et me dire « Wahou, je l’ai fait ! J’ai super bien vécu ! »

Quelle est ta vision et les valeurs que tu insuffles dans ce projet ?

Comme la plupart des gens, je prends aussi conscience de nos modes de consommation. Je suis choquée par la taille de nos poubelles, par les emballages et suremballages. Dès que je le peux, je préfère acheter chez le producteur du coin, sans emballage, ou en vrac (même si dans ma petite campagne, l’offre n’est pas super diversifiée). J’aime aussi favoriser « les petits » pour entrer en contact avec eux. Je ne suis pas une sur-consommatrice. J’aime les belles pièces que l’on garde pour toute la vie. Je ne suis pas parfaite, mais à la maison on change nos habitudes petit à petit.

Maison Cala c’est un peu tout ça : utiliser ce qui serait potentiellement destiné à la déchetterie, ne pas faire de déchets (je fais mes étiquettes dans mes chutes de tissus eux-mêmes upcyclés), entrer en contact direct avec les « clientes », produire des vêtements de très bonne qualité, dans de beaux tissus, avec un style assez intemporel dans le but de les garder des années. Le vêtement devient objet-plaisir, on le savoure ! J’imagine mes clientes un peu comme moi : ça leur arrive de faire leurs courses en Supermarché, ou de s’acheter un jean chez « l’espagnol préféré des françaises », mais elles font chaque jour de petits gestes et aiment les jolies choses faites avec amour.

Création de Maison Cala par Camille Lacoste

Avec un regard en arrière, est-ce qu’il y a quelques années tu te serais vue dans une telle aventure ?

Non, pas du tout. Tout comme je ne me serais jamais vu vendeuse ou aide-soignante. J’ai du mal à me projeter sur du très long terme. Et j’ai tellement d’envies !! (Maison d’hôtes, horticulture, et si on partait un an en voilier ?). Bref, autant dire que ma prof de Ressources Humaines et moi, on n’était pas du tout sur la même longueur d’onde lorsqu’il a fallut que j’expose mes plans de carrière !

Est-ce que tu as eu des moments qui t’ont fait douter de tes choix de vie ?

Bien sur, comme tout le monde, je doute. En plus, je suis plutôt négative. Du coup, pour Maison Cala c’est un vrai exercice de style ! Je dois chaque jour m’auto-motiver en me disant que je vais y arriver, simplement parce qu’il n’y a pas le choix, j’aime trop ce que je fais.

Mais je n’ai jamais regretté mes choix de vie. Simplement parce que quand ça ne me convient plus, je change. Peu importe si je dois « perdre en grade » ou choquer tout le monde. Je trouve que la pire des choses, c’est de se plaindre, sans ne rien faire pour changer quoi que ce soit…

Mais Edovino c’est avant tout de l’hédonisme et du vin, alors parles-nous de ce que cela représente pour toi ?

Je crois que je suis plutôt hédoniste ! Le point commun sur tout mon parcours c’est que j’ai toujours suivi ce qui me faisait plaisir, sans forcément y chercher une logique.

Je suis du genre à m’émerveiller devant la lumière du soir si particulière qui traverse la salle à manger, ou à garder des souvenirs en fonction de sons, de goûts et d’odeurs. Tous ces moments de plaisirs simples me ressourcent.

Maison Cala témoigne de cet hédonisme : depuis le Lycée j’ai toujours gardé cette phrase de Confucius (je ne connais rien de lui à part cette phrase) qui dit « choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie » ; donc cette entreprise, c’est aussi la façon que j’ai trouvé de m’adonner chaque jour à ce qui me fait plaisir…ni vu ni connu 😉

Pour ce qui est d’Edovino, j’aime beaucoup ce projet qui se concentre sur la personne, sur ses goûts, ses ressentis. Évidemment, j’adhère aussi au concept de création personnalisée, sur-mesure, en petite quantité. Le mode de fonctionnement d’Edovino offre plus qu’un produit : une expérience, des souvenirs, et pourquoi pas aussi, une meilleure connaissance de soi. Comme Maison Cala, Edovino va au-delà du produit pour partager un état d’esprit.

Création de Maison Cala par Camille Lacoste

As-tu un souvenir avec du vin à nous partager ?

J’en ai plusieurs… Le premier « vrai » cadeau que j’ai offert à mes parents avec mon premier salaire, c’était un coffret avec une bouteille de vin blanc pour Noël ; je trouvais que ça faisait cadeau d’adulte. Je ne sais pas s’ils s’en souviennent car pour eux ça devait être plutôt banal !

Évidemment nous avons gardé des bouteilles de notre mariage aussi. Et pour les grandes occasions je prends le temps d’aller chez notre caviste préféré.

Enfin, comme le veux la tradition de cette rubrique, quels seraient les conseils de vie que tu aurais envie de partager à notre communauté ?

Hum… je ne suis pas vraiment du genre à donner des conseils de vie, je préfère découvrir et apprendre de la vie des autres, surtout quand elle est audacieuse et originale. Alors voilà : je dirais… soyez audacieux et originaux, ça m’intéresse !

NB : Les photos sont issues de son compte Instagram @maisoncala et montrent ses créations. Camille vient également de lancer son site e-commerce. Si vous avez aimé son portrait et avez envie de découvrir ses produits, rendez-vous ici : www.maisoncala.com

Alex

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