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J’ai rencontré Anissa en 2015, alors que j’emménageais en Bourgogne. Nous avons immédiatement sympathisé et créer une belle amitié. Il faut avouer que notre passion pour le vin et la bonne gastronomie a contribué à forger ce lien. Mais ce que j’ai remarqué plus particulièrement, c’était son sens du relationnel, son aisance, et surtout sa détermination. C’est pourquoi j’ai décidé de l’aider à démarrer sa carrière en tant que commerciale dans l’univers viticole.

Anissa, peux-tu revenir en 3 dates sur les grandes étapes de ton parcours ?

Evidemment la première grande étape de mon parcours a été de travailler dans la boulangerie familiale avec mes frères et mon père. Le rythme était soutenu, c’était dur, mais formateur pour la vie. Je dirais qu’ils m’ont appris les bases de tout : le sens du travail, le relationnel, la persévérance et surtout le respect et l’humilité.

La deuxième étape c’est avec toi, quand tu m’as aidé à trouver mon premier poste dans le secteur du vin. C’était un poste de commerciale en alternance. J’ai appris le vin sur le tard. J’ai touché à tout et c’était une expérience humaine incroyable.

Enfin la troisième étape, c’est aujourd’hui, le virage professionnel et personnel que je prends. J’ai enfin compris qui j’étais et ce que je voulais. Cela m’a donc amené à “changer de vie” et ça me convient ainsi. Je pense que la meilleure chose qui me soit arrivée c’est de comprendre qu’il fallait s’écouter et être en accord avec soi-même. Assumer ses choix, tirer des leçons des échecs et avancer.

Photo d'Anissa Bouderbal devant un mûr tagué

Aujourd’hui tu as quitté le monde du vin, plus particulièrement le commerce. Tu m’as en effet confié que c’était un monde élitiste et galvaudé dans lequel tu ne te reconnaissais pas. Peux-tu expliquer ce choix ?

Ce choix a été difficile mais salvateur. Finalement, le monde du vin c’était plutôt deux mondes.

Je sentais qu’il y avait le commerce et la production. Avec le recul je me rends compte que c’est le commerce que j’avais envie de quitter. Je crois que j’aime ce métier, mais j’aimerai l’exercer librement, sans pression. Il fallait que mon boulot reste un plaisir et ça ne l’était plus.

Ma meilleure expérience a finalement été celle où j’ai été au cœur du métier : les vendanges, les vinifications, l’esprit familial d’un vignoble, le partage et les valeurs du terroir.

Avec ce que tu racontes on peut aisément penser que tu aurais pu abandonner. Comment as-tu conservé ta ténacité dans ces périodes difficiles ?

À chaque difficultés, on se dit que c’est trop dur et qu’on n’y arrivera pas. Avec le temps, j’ai compris que des épreuves, des échecs il y en aura toujours. Mais les bonheurs et les réussites n’en sont que meilleurs. Quand je regarde en arrière, je me dit qu’on franchit de nombreuses épreuves, donc pourquoi pas celle-ci ?

Portrait d'Anissa Bouderbal

N’as-tu donc jamais douté de tes choix ? Si oui, comment as-tu réussi à poursuivre ton chemin ?

Je pense que tout le monde doute de ses choix à un moment dans sa vie. Parfois, j’ai douté, d’autres, j’ai foncé.  Je suis la plus jeune d’une grande fratrie donc des leçons, j’en ai reçues. Et j’ai fais le maximum pour m’en rappeler.

Quel sens donnes-tu donc à ta vie aujourd’hui ?

Avant tout il a été important de m’assumer en tant que jeune femme. Ce qui n’a pas été un chemin aisé. Il a fallu s’armer de patience, de confiance et me dire que oui, j’allais réussir et m’assumer. J’ai compris que c’était important de me satisfaire, sans forcément vouloir entrer dans un moule, dans un groupe ou jouer un rôle.

Je l’ai compris que très récemment et je n’ai pas réellement de sens particulier à donner à ma vie. Tout a pris sa place simplement pour l’instant. Je crois avoir trouvé l’équilibre dans ma vie. Pour le reste je laisse faire le destin. Qu’il m’apporte échec ou réussite, je sais qu’il me fera avancer.

Photos d'Anissa Bouderbal à l'extérieur

Il a été parfois difficile pour toi d’affirmer tes choix ou de les faire accepter. Penses-tu que bien que cela soit clivant ou isolant, il est important d’être soi-même ?

Avec le recul, il a été parfois intelligent que je m’écrase. Très jeune, j’ai su que je voulais bouger et partir découvrir d’autres choses, être indépendante. J’ai eu mille opportunités de partir, mais à chaque fois, j’écrasais car je savais au fond que le projet était flou. Que j’étais encore trop immature pour partir si loin. Il ne fallait pas se planter.

Ensuite, je dirai que oui c’est important d’être soi-même, on est apprécié à notre juste valeur. Sans avoir besoin d’être quelqu’un d’autre. Donc du coup, oui c’est isolant. Mais c’est une délivrance de se sentir soi après avoir voulu appartenir à tel ou tel groupe pour des raisons finalement superficielles.

Malgré ton départ de la filière, le vin reste important pour toi, tout comme la gastronomie. Tu es donc une vraie (h)édoniste ?

Pourquoi se faire souffrir ? Bien sur que je suis une vraie hédoniste ! Le vin et la gastronomie paraissent élitistes, mais il ne faut pas oublier que ça vient de la terre. Et c’est ça le vrai plaisir, le plaisir SIMPLE. Celui qu’on trouve a portée de main, celui qu’on partage, celui qui rapproche, celui qu’on savoure. Je ne m’empêche pas de continuer à découvrir et apprendre. Et surtout je prends énormément de plaisir à continuer de transmettre mon amour pour le vin à celui qui voudra l’entendre !

Photo d'Anissa Bouderbal en dégustation

En tant que (ex-)professionnelle du vin, que penses-tu du concept d’Edovino de créer du vin sur-mesure. En prenant ainsi le goût du client comme axe principal de l’élaboration au lieu de celui du terroir ou du cépage ?

J’aime à croire que chaque vin représente chaque personnalité qui l’a élaboré. Il est important d’impliquer chaque acteur qui a mis dedans son cœur et sa passion. Et parmi ces acteurs il y a le client, qu’il est important d’impliquer par le partage des émotions et du plaisir à travers le vin.

Peux-tu nous partager un souvenir en particulier par rapport au vin.

Je pense que ce sont mes premières vendanges, que, paradoxalement j’ai faites dans le Bordelais.
Alors c’était très différent des vendanges manuelles qu’on me décrivait souvent quand j’étais petite, mais l’esprit était là. On était tous soudés et on voulait mettre tout notre cœur dans cette étape. Les déjeuners ensemble en partageant une bonne bouteille. La fierté d’avoir terminé et d’avoir une belle récolte… Le travail accompli main dans la main avec une super équipe.

Photo d'Anissa Bouderbal en train de vendanger

Quels sont tes conseils pour toutes les personnes qui voudraient comme nous, s’extraire du moule ?

Il faut croire en soi, en sa différence et être authentique pour se sentir vivant. Il faut aller au bout des choses, n’avoir aucun regrets et se dire qu’on aura au moins essayé.

Alex Bluma