Durée : 10 minutes

Emmanuel est consultant en recrutement spécialisé IT. C’est le premier portrait réalisé grâce à la recommandation d’un autre Edoniste (Martin Leclercq). Mais c’est aussi le premier qui n’est pas à son compte au niveau professionnel. Alors nous voulions en savoir plus pour découvrir ce qui fait de lui un vrai Edoniste et son originalité.

D’habitude nous commençons par revenir sur leur parcours. Pour comprendre ainsi les différentes étapes franchies pour arriver à ce stade d’épanouissement. Toutefois avec Emmanuel, la discussion a démarré naturellement sur l’originalité. Le fait d’être en dehors des cases. Alors je retranscrirai tel quel notre échange. Afin de conserver le schéma de découverte de son profil que j’ai perçu.

Comprendre pour aimer et penser par soi même

Emmanuel souhaitait tout d’abord en savoir plus sur Edovino, notre concept, notre vision. Connaître son adéquation avec le projet. Mais nous reviendrons plus tard sur son appétence pour le vin.

Je lui ai expliqué ensuite plus en détail les Portraits d’Edonistes. Ce que concrètement nous voulions mettre en avant dans cette tribune. À savoir des individus originaux qui ne se retrouvent pas dans les normes. Qui souhaitent s’affirmer tel qu’ils sont vraiment, en dehors des codes établis. S’ils veulent manger le dessert en premier dans un repas, so what ? S’ils aiment mélanger les styles vestimentaires, alors feu ! S’ils préfèrent boire du rouge avec le poisson, pourquoi s’en priveraient-ils ? Et après cette énumération d’exemple, je lui ai posé la question fatidique : « te reconnais-tu dedans ? » Sa réponse était tout aussi simple et précise : « clairement oui ! »

Visiblement, son idée sur la question était déjà bien réfléchie. Alors j’ai creusé pour en savoir plus et comprendre cette affirmation. Et très rapidement, je retrouve certains patterns de réponse que je découvre à chaque nouveau Portrait d’Edoniste. Dans le cas d’Emmanuel, c’est tout d’abord un dégout de l’autorité. Attention, il précise : pas avec l’idée de commandement en général. Puisqu’il le rappelle, contrairement à Martin ou à moi-même, il n’est pas (encore) entrepreneur. Ce qui le débecte, c’est de ne pas comprendre les choses. Or très souvent, l’autorité donne des ordres sans expliquer pourquoi.

De fait, il est un autre profil, fortement déçu par l’école. Précisément en raison de ce manque de sens, de ce manque de pédagogie et d’explications sur le pourquoi au lieu du comment. Situation qui a eu pour conséquences de le mettre très régulièrement en conflit avec ses professeurs. Par chance pour Emmanuel, ses capacités lui ont permis de progresser tranquillement jusqu’au master. Et il le reconnait facilement : il n’a pas forcé. Non pas par simple confort. Mais surtout par manque de stimulation et de motivation à le faire.

Emmanuel avec deux bananes en guise de pistolet

Être ou ne pas être à la marge, telle est la question ?

Naturellement, l’échange s’est donc porté sur cette dimension de compréhension, de réflexion par soi-même. Pour Emmanuel, finalement, c’est précisément cela qui l’exclue du moule standard qu’on tend à inculquer à la société. Il tient toutefois à nuancer, que ce n’est pas un jugement, mais son analyse. En effet dans notre débat, ce que l’on nomme être à la marge, est ce qui pour lui semble être la norme. De fait, être original est un qualificatif que l’on attribue seulement si l’on effectue une comparaison. Et précisément avec le modèle ambiant de notre société.

Ce modèle, bien qu’il ne lui corresponde pas du tout, le fascine en même temps. Presque paradoxalement. Ou bien, encore une fois, par envie de comprendre pourquoi. Il est vrai qu’avoir des individus qui font des choix et se plaignent derrière est assez contradictoire. Emmanuel réfléchit alors à haute voix et soumet l’hypothèse que dans le fond, ce n’est sans doute pas leurs choix. Les personnes n’essaient pas d’autres modèles. Mais il est en effet plus facile de gérer des moutons.

De nouveau, il insiste sur le fait que ce n’est que son analyse et non un jugement de valeur. Il prend d’ailleurs l’exemple qu’il a davantage besoin de sécurité comparé à certains de ses proches. Ce qu’il ne veut pas, c’est être un donneur de leçons. Notre bonne spécialité française, après le vin et la gastronomie bien sûr. Mais il essaie de donner des clés, d’autres grilles de lecture. Plutôt que de juger, il aimerait partager ses réflexions et planter des graines dans l’esprit des individus. Montrer qu’il existe d’autres modèles de vie.

Être soi-même, un point c’est tout

Le soutien est très important pour s’épanouir. Sa femme, rencontrée très jeune, l’a toujours soutenu et compris dans ses choix de vie. Et pour l’aider à réfléchir par lui-même, Emmanuel peut remercier son entourage. Il l’a toujours poussé à comprendre, demander pourquoi. Et tout remettre en question dans le même temps. Même si l’humain est plein de paradoxes. Comme je vous le disais plus haut, il avait des conflits à l’école. Notamment parce qu’il n’aimait pas faire ses devoirs. Ce n’est pas qu’il ne voulait pas apprendre. Mais il trouvait plus intéressant et pertinent d’aller de lui-même lire des livres très variés.

Cependant être soi-même et penser différemment est assez compliqué. Impossible de dire si c’est plus difficile aujourd’hui que par le passé. Mais une chose est sûre. Il est justement incompréhensible de voir une classification binaire entre être un extrême, un illuminé parce qu’en dehors des cases. Ou être un banal individu dans le moule sans savoir pourquoi. Un élément de réponse que me fournit Emmanuel est sans doute la peur. Ce que nous ne comprenons pas nous effraie. Être en dehors des clous, loin de la sécurité, est en effet difficile à intégrer pour les individus ne faisant pas ce choix de vie. Alors tu es caricaturé de farfelu.

Emmanuel de dos avec un caméléon sur l'épaule

Finalement, c’est lui qui est fasciné et exaspéré par cette volonté de toujours mettre des cases partout. De ne pas vouloir accepter les situations ubuesques alors que sans doute, la raison est juste de ne pas être dans une case du modèle général. Pour lui, l’humanité a un potentiel formidable. Mais elle le gâche car elle est contenue dans des modes de pensées.

Par chance pour lui, Emmanuel n’a pas connu de difficultés particulières pour créer des relations sociales. Bien qu’il soit original. D’après lui, son relationnel et notamment l’utilisation de l’humour pour briser le froid font qu’il ne s’est jamais senti mis à part.

L’épanouissement tient aussi du modèle de travail et d’organisation

Aujourd’hui, Emmanuel est quelqu’un de très affirmé. Mais il n’a pas été simple d’en arriver là. En effet, comme beaucoup de personnes, il n’a jamais vraiment su ce qu’il voulait faire. Il a commencé ses études à l’université en commerce afin de ne pas trop se spécialiser. Puis a poursuivi en master marketing, sans réelle passion débordante dans le fond. C’est une rencontre avec un cadre d’IBM qui lui a en fait donné une première direction. Celui-ci ouvrait un master en stratégie des systèmes d’information qu’Emmanuel a décidé de suivre. Son père travaillant dans l’informatique, il était naturel de considérer cette filière.

Diplômé, il intègre une SSII en tant qu’ingénieur commercial. L’entreprise disposait de peu de ressources existantes dans ce pôle. C’est donc à Emmanuel de le créer. Challenge plutôt intéressant, qu’il mènera à bien. Cependant, après 3 ans de bons et loyaux services, il subit sa première déconvenue. À ce jour, il ne sait toujours pas pourquoi il a été licencié. Tout du moins, pourquoi lui reprocher un fait avéré inexistant. Le dirigeant paressait réglo, mais en fait non. Il commence alors à douter sur le monde du travail. Mais pas encore assez pour remettre en question le modèle.

Après cette épreuve, il intègre une nouvelle entreprise en suivant son feeling. Néanmoins, c’est une nouvelle déconvenue au niveau managérial. Il aura au moins rencontré une bande de potes parmis ses collègues. Emmanuel savait que c’était éphémère. Enfin, il fera une dernière tentative dans une petite boite d’infogérance. Conséquence ? Même constat. Incompréhension, lassitude voire agacement d’un modèle faux. D’un environnement dans lequel un patron ne comprend pas ce que fait ses subordonnés mais donne tout de même des ordres. Notamment sur la manière de faire.

Emmanuel pose avec une bouteille de vin

L’étape de désillusion nécessaire

Au cours des précédents Portraits d’Edoniste, j’ai eu souvent l’occasion de constater qu’une étape difficile ou une période noire, était nécessaire pour aider l’individu dans son affirmation de soi. Alors j’ai interrogé Emmanuel sur ce point en raison de ce qu’il venait de me livrer. D’après lui, ça n’a pas été aussi fort que d’être au fond du gouffre. C’était davantage le choc dû à son licenciement. Non pas en raison de la perte de revenus ou autres avantages du saint graal qu’est le CDI. C’est plutôt parce que des promesses avait été faites du style : « si tu bosses bien tout ira bien. » Et à l’arrivée il n’en est rien du tout. Pire ! On lui a planté un couteau dans le dos.

Toutefois, après la pluie, le beau temps. Et cela lui a donc donné envie d’aller chercher ces fameuses clés et de relativiser. Ce n’est pas grave ce qu’il se passe. Même le chômage a été une superbe période pour lui. En effet, il m’explique que cela lui a permis de faire pleins de choses pour lesquelles il n’aurait jamais eu le temps. Mais encore une fois, c’est une réflexion en dehors de cette pensée générale. Certains lui ont d’ailleurs fait remarquer qu’il était fou. Oui ! Si le moule est pris en entier, tu perds en liberté. Et oui ça fait plus peur.

Emmanuel sur un rocher avec un verre

L’espoir de la dernière chance

Alors qu’il est en plein bored out – une autre pathologie typhique et représentative de nos maux organisationnels et managériaux de cette décennie – un ami lui conseille de s’orienter dans le recrutement. Même si cela lui paraît correspondre à son profil, il hésite. Dégouté par cet environnement de travail malsain. Il a même été jusqu’à envisager de se reconvertir dans le vin. Et c’est au même môment qu’Effektiv, un cabinet de recrutement, le contacte pour développer un pôle IT chez eux.

Avec le recul, Emmanuel ne voit pas ça comme un poste mais comme de l’intrapreneuriat. Il a en effet les mains libres pour développer son activité au sein de la structure. Aujourd’hui il est même en train d’en devenir associé. Cette entreprise l’a ainsi réconcilié avec le monde du travail. Toutes les décisions sont prises ensembles avec un climat de confiance et de sérénité porteur. Emmanuel va jusqu’à me parler d’Effektiv comme d’une entreprise libérée. Cette façon de travailler à changé sa vie. Tout ce qui n’allait pas au boulot avant, a désormais été supprimé. Et c’est aussi ce qui lui donne envie d’aller plus loin. De continuer dans cette démarche de création.

Preuve en est, s’il fallait encore en présenter, que les entreprises horizontales avec un management positif et bienveillant sont sources d’épanouissement et de performances.

Enfin, à Emmanuel de préciser une chose importante quant à l’ambiance de travail. Le vin est un vrai fil rouge. Ils organisent en effet très souvent des dégustations entre eux. Il y a un vrai sentiment hédoniste, de bon vivant. Peut-être qu’il met le doigt sur un autre levier du bonheur au travail : le vin comme moteur et liant des relations sociales. 😊

L’importance du vin dans sa vie

Ce qui m’a permis de basculer naturellement sur le cœur de notre univers : le vin. Et ce que me précisait Emmanuel précédemment est important. Ce n’est pas qu’une boisson ou de l’alcool pour rebondir sur l’actualité. Mais bel et bien un monde complexe et à part. Le vin ça te parle. Il insiste sur le fait que pour lui c’est magique et qu’il ne boit pas pour se mettre malade.

Il me raconte que depuis tout petit il sent tout ce qu’il boit et mange. Il se crée ainsi de façon ludique une mémothèque d’odeurs. Le weekend, la première chose qu’il fait c’est aller à la cave choisir une bonne bouteille. Il y a un côté sentimental.

Emmanuel en train d'ouvrir une bouteille de vin

Et puis, les millésimes c’est comme une machine à remonter le temps. Ils sont le reflet d’une année. Le vin attend, comme une capsule temporelle, témoin d’une époque, d’un événement. Il aime d’ailleurs réfléchir ou suggérer aux autres de se remémorer où ils étaient lors de ce millésime.

Enfin, la deuxième fonction c’est la détente et le partage. Le vin c’est surtout quelque chose de social, un exhausteur de sentiments. Pour me le montrer, il me raconte une anecdote vécue au cours d’une dégustation dans un domaine viticole du mâconnais. Mais seulement voilà, le vigneron était bavard et a commencé à ouvrir plusieurs bouteilles. Et Emmanuel n’a pas vu le temps passer. Quand il prit son téléphone, il s’est rendu compte que cela faisait 4 heures qu’il était en train de déguster. Et qu’il se faisait attendre. Il me conclue alors son souvenir ainsi : « Le vin ça peut t’emmener loin. Si tu es en bonne compagnie, tu perds la notion du temps. »

Ses conseils à toutes les personnes qui se sentent coincées dans un moule

Je termine enfin notre rendez-vous en lui demandant ses conseils pour toutes les personnes qui cherchent à devenir enfin elles-mêmes. Sa première réponse : « lire Les 4 accords Toltèques ! » Il me précise toutefois que ce n’est pas une recette miracle. C’est un guide, un outil auquel se raccrocher quand on doute ou que l’on a des énergies négatives.

Même si son complément d’explication est pertinent, je souhaitais des conseils un peu différents pour ne pas tomber dans la répétition des autres portraits. Il me délivre alors 2 conseils importants.

  • Il faut relativiser et ne pas se prendre au sérieux.
  • On doit être conscient qu’on rend les clés à la fin de notre vie. Elle est éphémère alors il faut oser. Pourquoi perdre son temps avec des choses inutiles ? Oublions le jugement des autres car il nous bloque. Il y a des choses qui devrait nous transcender, bien au-delà de l’opinion des autres.
Emmanuel dans un cadie plein de coussins
Alex Bluma

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